enter image description here C’est la tendance de la semaine. Depuis que les délirants « progressistes » autoproclamés de la race (les néo-nazis) ont affronté les chevaliers de l’ordre moral (les antifas) à Charlottesville, le temple médiatique est aux abois. On cherche désespérément l’extrême-droite québécoise. On trouve une poignée d’hurluberlus, on crie à la montée du fascisme en prenant bien soin de mentionner que ces gens sont souverainistes. On en profite pour stigmatiser abondamment tout critique de l’immigration massive, pour neutraliser toute remise en question de l’adoration migratoire en criant « plus jamais ça ». Puis on se met à rêver à une grande purge, fantasmant d’abattre uns à uns… les monuments historiques célébrant ce qui ne correspond pas à nos obsessions morales d’aujourd’hui. Misère de misère…

Le tout a débuté avec la remise en question de la légitimité de maintenir debout des monuments de guerriers sudistes aux États-Unis. Puis, étant donné que nous vivons au Canada, ce paradis des droits de l’homme à l’avant-garde du progrès humain, le débat s’est transposé ici. Doit-on débaptiser les écoles John A. MacDonald au Canada anglais à la lumière de ses imperfections morales? « Assurément! » diront beaucoup, à condition aussi de changer le nom de la station de métro et du cégep Lionel-Groulx, qu’on traite injustement de raciste fascisant aujourd’hui. La tentation typiquement progressiste de stériliser notre mémoire à grand coup de désinfectant idéologique est forte.

Permettez-moi de condamner vertement et vigoureusement cette manie débilitante bien de notre temps.

C’est de mal connaître et aimer l’histoire que d’être incapable d’en tolérer les artéfacts dans notre vie d’aujourd’hui. C’est de se croire bien supérieurs, d’être bien imbus de nous-même que de nous imaginer que du haut de notre perfection morale moderne, nous avons le droit de regarder avec dédain les aspérités du temps jadis. Sommes-nous si bêtes que nous croyons que dans 150 ans, l’église progressiste ne regardera pas notre époque comme une sombre ère d’égarement moral?

J’irai plus loin. Nous laisser emporter par la colère et la honte lorsqu’on constate que l’histoire porte en elle autant le Bien que le Mal, et nous imaginer que nous pouvons quoi que ce soit changer à cela relève de la puérilité intellectuelle.

Je préfère une mémoire intacte dans toute sa rugosité que formatée et révisée par des idéologues à l’amour-propre si démesuré qu’ils s’imaginent que les modes intellectuelles d’aujourd’hui constituent un sommet suffisamment élevé pour leur permettre de gommer la mémoire de ce qui les hérisse dans le passé. Je les vois arriver, avec leurs grands chevaux, et ma confiance en leur probité intellectuelle est absolument nulle. Ça n’est pas la vertu qui les guide mais leur infinie estime d’eux-même. Ça n’est pas non plus le Mal qu’ils condamnent, mais plutôt l’idée même d’histoire et de passé. C’est le concept même de mémoire qu’ils haïssent en fait.

L’histoire et la mémoire les agacent, car elles remettent en question la valeur qu’ils accordent à leurs standards moraux. Parce qu’à leur lumière, on peut juger plus aisément de la très grande relativité de leur sagesse et du fait qu’elle se révèle rarement être l’apothéose civilisatrice qu’elle se prétend être au présent.

Méfions-nous donc d’eux et de leurs ambitions désinfectantes…