enter image description here Dans quelques jours, le Parti Québécois entamera son processus de congrès national. Il s’agira de l’occasion, pour les membres, de redéfinir le programme politique du parti et de soumettre le chef Jean-François Lisée à un vote de confiance. Plus de mille délégués des quatre coins du Québec se réuniront à Montréal pour orienter le cap du PQ pour les prochaines années. Quels écueils les guettent? Faut-il accorder sa confiance à Jean-François Lisée alors que chaque sondage semble confirmer que le Parti Québécois ne fera guère mieux que d’obtenir le statut de seconde opposition en 2018?

Orientations

Où donc le vaisseau amiral du souverainisme québécois s’en va-t-il? Actuellement, la réponse est assez claire : il erre au gré des flots et du vent. Il ne sait se mettre dans l’angle nécessaire pour attaquer les vagues correctement. Il se laisse pousser par des vents qui n’ont que faire de le rapprocher de sa destination. Son gouvernail se voit assailli tout à la fois par un chef à la personnalité difficile à cerner et par des communicants dont les agissements se situent à mi-chemin entre des vierges effarouchées et des dépendants affectifs dévoués à recueillir l’amour de la caste médiatico-intellectuelle métropolitaine. On a probablement là une des raisons pour lesquelles on constate la dégringolade populaire du parti depuis quelques temps.

Il est conséquemment primordial de clarifier les orientations politiques du parti.

Le fera-t-on? Et si oui, comment le fera-t-on? Je crains fort qu’on ne le fasse pas. On prônera quelques mesures repères tièdes qui ne permettent en aucun temps de définir clairement l’identité du PQ par rapport aux autres partis en place. Pourquoi ce fatalisme? Très simplement parce que, comme tous les grands partis, le PQ est un parti adhérant avant toute chose – bien avant son idéal indépendantiste – à l’idéologie libérale aujourd’hui hégémonique en Occident. La gauche et la droite s’y confondent de plus en plus d’ailleurs. On l’a vu en France depuis Mitterand : la gauche et la droite gouvernent d’une manière à peu près identique. L’offre politique s’affadit, on dirige au centre, dira-t-on, on dirige libéral, en fait. On se fiche bien des préoccupations populaires.

La plèbe est, de toute façon, mal informée. Elle est xénophobe, sous-cultivée. Il ne faut pas lui donner d’alternatives sortant des ornières libérales, Dieu sait ce qui pourrait alors arriver! Peut-être voudrait-on reprendre le contrôle des frontières nationales, peut-être voudrait-on sévir quant à l’immigration illégale, peut-être serait-on hostile au libre-échangisme… Ne tentons pas le diable. Alors on ne fera rien. On consentira doucement, au PQ comme ailleurs, à proposer des présentations différentes pour une même recette libérale, mondialiste, immigrationniste. On appellera cela ouverture à l’autre à gauche, efficacité économique à droite. Dans tous les cas, c’est à la disparition du politique qu’on assistera et au désengagement des citoyens du processus démocratique. Mais on ne le dira pas…

Voulez-vous mon avis? Les remparts contre cette apocalypse démocratique qui nous guette se nomment populisme et patriotisme. Oui, ce démon qu’on dénonce à gauche et à droite, cette vilaine chose qui a l’immense désavantage de ramener le peuple au politique et de proposer une alternative à ce qu’on nous fait passer pour le « sens naturel de l’histoire ».

C’est un virage à 180 degrés que doit opérer le Parti Québécois. Je doute qu’il ait le courage et la présence d’esprit de le faire, puisque la parole dissidente, anti-libérale et anti-mondialiste sérieuse au Québec est à peu près inexistante. Les personnes en position d’autorité dans les écoles et les médias exercent un contrôle très serré sur la parole publiquement admise comme acceptable… et Dieu sait l’importance que revêt, pour les communicants politiques d’aujourd’hui, le fait de plaire aux médias et aux universitaires approuvés par ces derniers.

Pourtant, le Parti Québécois a comme raison d’être, jusqu’à nouvel ordre, la réalisation d’un projet immense : transformer le Québec en État-nation souverain. Faire sécession du paradis du libéralisme rose-bonbon, le Canada. Le Parti Québécois devrait avoir la force de conviction nécessaire pour s’attaquer à l’ordre établi et littéralement tout casser. Proposer autre chose. Parler aux Québécois et non tenter de plaire aux disciples d’Amir Khadir. On ne résiste pas à l’emprise de l’Empire du Bien avec des idées timorées.

Mais non. Il proposera gentiment l’amélioration des services publics, l’adoption de mesures diversitaires et je ne sais trop quel autre porridge idéologiquement fade. Peut-être un renforcement de la Loi 101, pour se convaincre lui-même qu’il existe encore.

Voulez-vous encore mon avis? Tout le monde s’en fichera.

M’en réjouis-je? Certainement pas, bien au contraire. Le Parti Québécois traîne encore avec lui la cause souverainiste. La perdition du parti, c’est aussi la perdition du projet. Et inutile de vous dire que le transfert de la cause à un nouveau vaisseau-amiral encore moins populaire et connecté au peuple du Québec tel que l’ONQS me semble nous éloigner du but plutôt que de nous en approcher.

La question du chef

On fera donc, je le prédis, une première erreur au congrès du weekend prochain en confirmant le PQ comme un parti politiquement fade. Une deuxième erreur est à la portée des délégués péquistes : considérer le vote de confiance envers Lisée comme l’événement l’écueil principal du congrès. Tout miser sur le maintient en poste ou sur l’expulsion du chef.

L’importance d’avoir un grand homme à la tête d’un Parti Québécois qui chercherait à faire sécession du Canada serait absolument nécessaire. Dans l’état actuel des choses toutefois, cela en a immensément moins. La non-confiance envers Lisée n’aurait qu’un impact négligeable quant à la suite des choses. J’ai lu avec amusement que certains présidents de circonscription avaient commencés à s’activer en coulisse pour demander au pianiste de la soirée musicale organisée par le congrès de se préparer à prendre les rênes du parti.

Si cela les amuse…

Je ne partage donc pas l’opinion de Joseph Facal quant à la catastrophe que serait un vote de confiance faible pour Lisée. La situation est déjà catastrophique pour le Parti Québécois. Son concurrent vers le bas, l’ONQS, plafonne. C’est de rêver en couleur ou d’être incapable de lire correctement le contexte politique de l’époque que de penser qu’un parti alter-mondialiste libéral-libertaire fera une percée et ravira des comtés hors de la zone Bixi.

Là où le papier de Facal me rejoint, par contre : personne ne vaut mieux que Lisée dans le caucus actuel du PQ pour diriger le parti. Lui montrer la porte ne ferait pas couler le navire davantage, mais ne permettrait aucunement de le renflouer.

Et c’est bien là le problème.