enter image description hereÇa y est, Projet Montréal est à la tête de la métropole avec, aux commandes, Valérie Plante. Joie et allégresse fusent de toute part. Les élites médiatiques qui, peu enthousiastes mais non alarmées, avaient prédit la victoire de Denis Coderre sont aujourd’hui émerveillées de voir leur rêve le plus secret se réaliser, de voir l’orangisme reprendre de la vigueur et s’emparer du pouvoir dans la métropole. Qu’en penser?

L’enjeu de cette élection, à mon sens, a été formulé très tard et fut, malheureusement, mal compris et peu diffusé. Il s’agit de la question soulevée par l’essayiste et doctorant Simon-Pierre Savard-Tremblay (SPST) dans un billet de blogue du lundi 30 octobre dernier. Quel avenir veut-on pour Montréal? Deux chemins s’offrent en effet à la ville.

Le premier, fort convenu, semble faire l’unanimité : celui de continuer la mutation de Montréal en global city, c’est-à-dire de l’ancrer dans une logique de « déquébécisation » afin de (supposément) l’ouvrir sur le monde, la rendre plus attrayante aux yeux des grandes multinationales à la mode et des élites déterritorialisées éprises de mondialisation et de gauchisme libéral.

La seconde, tellement hors norme qu’elle est carrément difficile à penser : il s’agit, pour reprendre le terme extrêmement approprié de SPST, de RAPATRIER Montréal. Rapatrier au sens de la redonner à la patrie, à la nation québécoise. De la reconnecter avec le Québec au lieu de tenter de l’en extraire au nom de ce Big Mac de l’esprit que sont les chimères mondialistes de l’ouverture à l’autre par reniement de soi et du progrès par le métissage culturel.

Que penser, donc, de l’élection de dimanche en partant de cet enjeu? Bien entendu, on ne peut que constater une chose : l’option de rapatrier Montréal ne se posait même pas, ni dans les débats, ni dans la candidature. À l’heure où, en Occident, le fossé se creuse entre les grands centres et les périphéries (voir les récents ouvrages du géographe français Christophe Guilluy), la question mériterait pourtant, me semble-t-il, d’être posée.

S’agit-il de rapetisser Montréal? De la freiner? De l’empêcher de rayonner dans le monde? De souhaiter sa décroissance?

Non, non, non et non. D’aucune manière.

Qu’est-ce que devrait être la métropole d’un peuple? Devrait-elle être vectrice de dilution de ce peuple, ou centre rayonnant de son âme, de ses aspirations, de ses particularités, de sa culture? La métropole devrait-elle changer et déteindre sur tout le pays? Le pays ne devrait-il pas plutôt teinter la métropole, qui constitue l’astre urbain par lequel il brille dans le monde?

On me répondra qu’elle est, idéalement, à la fois l’une et l’autre. On constate cependant que la tendance lourde, aujourd’hui, consiste à nettoyer les périphéries de leurs particularismes et de leur esprit au profit de ceux des grandes « global cities » mondialisés et indifférenciées. Le Québec n’échappe pas à cette tendance. Aucun plan, aucun projet, aucune idée n’est lancée pour promouvoir un renversement de la vapeur, un nécessaire rééquilibrage, un retour de Montréal au Québec.

Valérie Plante, me dira-t-on, a tout de même du bon. Son projet phare : la ligne rose, une vision d’envergure pour le métro de Montréal. Vingt-neuf stations entre Lachine à Montréal-Nord prévues d’ici 2025. Je suis obligé de dire que d’oser cette proposition m’impressionne énormément et favorablement. Il s’agit d’un dossier extrêmement important pour Montréal. Le développement ambitieux du transport en commun, l’amélioration et la diversification des services est d’une immense pertinence. Il s’agit à la fois d’améliorer la qualité de vie des citoyens et de développer un des marqueurs qui font de Montréal une ville typiquement québécoise, soit son métro. On souhaite conséquemment et avec ardeur que la mairesse Plante ait les outils politiques nécessaires pour trouver le financement d’un tel projet.

On souhaite toutefois que ces initiatives épatantes pour le transport collectif s’inscrivent dans une stratégie globale pour rendre la circulation plus fluide sur le territoire de la métropole. Je parle ici, entre autre, d’une meilleure compartimentation des voies de circulation afin de faciliter la cohabitation des cyclistes et des automobilistes sans devoir brimer ni les uns, ni les autres. Je suis plutôt craintif à ce sujet, considérant l’historique de Projet Montréal dans son approche de la gestion du trafic automobile basé sur une haine un peu hystérique de l’automobile, mais ne présumons de rien trop rapidement.

Pour ce qui est de la gestion des affaires courantes, on peut, je crois, regarder avec intérêt l’arrivée de l’administration Plante.

Pour ce qui est de sa signification politique, il y a aussi matière à réflexion. L’arrivée de Projet Montréal au pouvoir ravi ostensiblement la médiacaste et la gauche universitaire surexcitée de savoir que les communautés culturelles minoritaires l’ont appuyé. Québec Solidaire n’a même pas attendu une journée pour récupérer la victoire de l’orangisme municipal à leur profit, mentionnant que dans 330 jours, le Québec pouvait continuer sur la voie de l’espoir et du renouveau en élisant un gouvernement Solidaire. Une gauche davantage intéressée par elle-même que par les grandes questions nationales qui se posent au Québec ne m’inspire aucune confiance quant à l’avenir de la nation et à sa capacité à penser la métropole dans les intérêts de cette dite nation. Quelle est la position de Plante sur le projet de loi 62? Elle est contre. Sur le regrettable statut de ville-sanctuaire de Montréal instauré par Coderre? On devine qu’elle est pour. Sur la bilingualisation de la ville-phare de l’Amérique française? On l’ignore.

Même si la question nationale se joue d’abord à Québec, il est impératif pour la nation que sa métropole soit directement connectée à ses intérêts et ne se prenne, en aucun temps, pour une cité-état moralement, économiquement et politiquement supérieure. Si elle propose une gestion de l’intendance intéressante et innovante, pour ce genre de réflexions politiques plus élevées, la gauche bien-pensante qui gravite autour de l’orangisme tant provincial que fédéral que municipal est loin d’être convaincante. Voilà pourquoi j’ai tendance à vouloir tempérer l’enthousiasme et le ravissement qu’il est de bon ton de montrer à l’endroit de la mairesse Plante.

Maintenant, lancez-moi des roches, je suis prêt.